mercredi 25 août 2010

« Je feel pas, j’ai mal au ventre, on dirait qu’il va exploser… »

Je cite mon ex : « Quand j’mange du yogourt ou du fromage, j’suis pas capable. J’suis barré en deux. Pis si je bois un verre de lait, c’est la catastrophe : je passe ma journée aux toilettes ! J’peux pu manger de crème glacée et j’mets du lait de soya dans mes patates pilées. Mais je prends du lait de chèvre, ça, j’ai aucun problème. Décidemment, je suis vraiment intolérant au lactose ».

Ouille. Vous m’imaginez lui préparer des repas ou des petites gâteries ? « Ok. Pas de fromage sur le côté gauche de ma lasagne… Du lait dans mon gâteau ? Tant pis, j’lui dirai pas, y s’en rendra pas compte. Oups, ya du lait évaporé dans mes sucres à la crème. Bah, il va en manger pareil, ils sont trop bons »

Mais c’est mon ex ! Alors maintenant, je ne me pose plus de questions quand j’ai la main à la pâte… Mais je m’en fais tout de même pour tout ceux qui se privent et se compliquent la vie comme lui. Avouons-le : qui a envie de se priver de crème glacée ? Alors voilà, pour faire le point sur l’intolérance au lactose.

1. « L’intolérance au lactose », ça mange quoi ça, en hiver ?
Une personne intolérante au lactose ne produit pas suffisamment d’une enzyme dénommée « lactase » située dans l’intestin. La lactase a pour fonction de « couper » le lactose en deux pour qu’il soit ensuite absorbé dans votre sang, puis utiliser par vos cellules afin de produire de l’énergie. Pas assez de lactase ? Le lactose fermente sous l’action des bactéries présentes dans votre intestin et est transformé en «gaz ». Vous vous doutez du reste : il faut bien que ce gaz soit éliminé à un moment ou l’autre…

Mais pourquoi certains fabriquent-ils moins de lactase ? Il semblerait que la diminution de l’enzyme « lactase » soit programmée génétiquement, et que sa production diminue après le sevrage (ou lorsqu’on introduit des aliments solides dans l’alimentation de bébé!) Ainsi, plusieurs personnes possèdent moins de lactase et absorbent donc moins de lactose. Toutefois, il faut savoir que ce n’est pas parce que vous n’absorbez pas bien le lactose que vous êtes automatiquement considéré « intolérant au lactose ». Pour remporter le prestigieux titre d’ « intolérant », il faut au moins répondre à deux critères : 1) Avoir des symptômes secondaires à une malabsorption ET 2) Avoir un résultat positif à un test médical, qui mesure la quantité d’hydrogène (le fameux gaz qui vous rend ballonné) dans l’air que vous expiré par la bouche. Eh non : ce n’est pas parce que vous avez mal au ventre que vous êtes intolérant ! Vous devez passer un examen pour confirmer le tout. Qui sait ? Vous souffrez peut-être d’un autre trouble intestinal dont les symptômes peuvent se confondre avec ceux de l’intolérance au lactose (côlon irritable, maladie coeliaque, etc.) Ne prenez pas de risques, mes amis !

2. Se priver totalement ? Totalement injustifié !
Beaucoup de gens se privent inutilement de lait et de produits laitiers, sous prétexte que ces aliments leur causent des inconforts digestifs. Pourtant, selon une récente revue (assez imposante merci) d’articles scientifiques à ce sujet du National Institutes of Health, il semblerait qu’il n’y ait pas de raison de s’en priver totalement. Et puis, ce sont des aliments extrêmement nutritifs ! Ils contiennent des protéines, de la vitamine D, du calcium, du fer, du zinc, du magnésium, et j’en passe. Bref, si on troque le verre de lait pour une tasse de liqueur ou un punch aux fruits, on est perdant !

3. Quoi faire alors si je suis vraiment intolérant ?
Il y a toujours ce fameux Lactaid, un lait de vache à teneur moindre en lactose. Ou des capsules de lactase, que vous avalez avant de prendre du lait. Mais sachez que chaque individu possède son propre niveau de tolérance. Or, une personne peut prendre ¼ de tasse de lait (60 ml) puis ne pas avoir de symptômes ou presque, tandis qu’une autre est incapable de prendre une bouchée de crème glacée. Soyons clairs : toutes les études démontrent bien que les symptômes apparraissent généralement lorsqu’on ingère plus d’environ 12 g de lactose. Une tasse de lait écrémé (250 ml) contient entre 11 et 13 g de lactose. Si vous éprouvez donc des symptômes en-déça de cette dose de lactose, il y a anguille sous roche : consultez votre médecin !
Par ailleurs, le yogourt et les fromages fermes (cheddar, mozzarella, emmental, etc.) ou vieillis sont généralement mieux tolérés car ils contiennent peu ou pas de lactose (entre 3 et 4 g pour le yogourt et entre 0,3 et 1 g pour le fromage). Ce sont les procédés de transformation du lait dans ces produits qui « digèrent » le lactose. On dit aussi du lait au chocolat qu’il est mieux toléré. Enfin, le lait de chèvre contient une quantité équivalente de lactose, comparativement au lait de vache, soit environ 11 g pour une tasse (250 ml). (Définitivement, j’espère que mon ex lit ceci !)…
Et non, je n’oublie pas les végétariens ou les fervents d’alimentation biologique : la boisson de soya, en autant qu’elle soit enrichie, peut aider à combler les besoins en calcium et en vitamine D. Ces deux éléments nutritifs proviennent en grande partie du lait de vache dans notre alimentation. Sachez par contre qu’il faut bien brasser les contenants de boissons de soya, car les substances ajoutées dans le but de l’enrichir ont tendance à coller aux parois de l’emballage. Et ça, je ne crois pas que vous en mangiez !

P.S. : Pour ceux qui croient que ce billet est financé par le lobby du lait, eh non, il ne l’est pas. Je suis nutritionniste et je crois fermement que le lait et les produits laitiers, c’est nutritif. Comme pour n’importe quel autre aliment, si on en consomme raisonnablement, sans négliger les légumes, les fruits, les produits céréaliers et la viande et ses substituts, ça ne cause pas de tort à personne, point final. La règle : variété et équilibre. :) Bien sûr que vous pouvez boire une boisson de riz, d’amande ou de soya si cela vous chante ! Mais inutile de mettre complètement de côté les produits laitiers, car ce sont eux qui sont les meilleures sources de calcium et de vitamine D. D’autant plus que notre organisme assimile mieux ces deux nutriments lorsqu’ils sont consommés en même temps et qu’ils proviennent du lait.
Sur ce, j’espère que je vous ai aidé, chers intolérants !


Références :
www.nospetitsmangeurs.org, sous l’onglet « Nutrition », « Quoi penser », puis « L’intolérance alimentaire », consulté le 23 août 2010


National Institutes of Health Consensus Development Conference Statement, Lactose Intolerance and Health, NIH, 22-24/02/2010

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