lundi 18 février 2013

Le gluten: l'éliminer, ou pas l'éliminer ? Là est la question.

Ce billet n'a rien d'une controverse. Depuis plusieurs semaines, j'écoute les combats sur l'élimination du gluten dans les médias, je constate à quel point on critique ma profession, et surtout, je suis stupéfaite par l'efficacité du régime sans gluten sur les problèmes de santé de certaines personnes. Mais je suis exténuée par les opinions tranchées: c'est noir, ou c'est blanc? Ce n'est jamais gris ! Pourtant, la nutrition est une science qui évolue. Les études scientifiques effectuées en lien avec la nutrition et la santé humaine exigent que nous les interprétions avec beaucoup de nuances et de questionnements. Nous n'aurons jamais LA réponse à toutes les souffrances et les maladies de l'être humain par l'alimentation. À mon sens, prétendre que nous avons LA solution, c'est un peu nous prétendre comme une puissance divine. Comme je le dis souvent: être végétalien, manger sans gluten, bannir les produits laitiers ou se priver de dessert, c'est sans doute extrême, mais si cela répond à nos valeurs et à nos convictions, et que notre état nutritionnel est optimal, pourquoi penser que c'est aussi restrictif qu'une religion ? Voici le billet le plus nuancé que vous ayez jamais lu.

Les aspects positifs de l'alimentation sans gluten ?
Je ne m'étendrai pas ici sur des explications concernant le gluten. La Fondation québécoise de la maladie coeliaque demeure une excellente référence si vous avez des questions. Lorsqu'on s'attarde aux études réalisées à l'égard de l'élimination du gluten, on remarque une potentielle amélioration de l'état de santé des gens atteints de maladie chronique. On ne sait pas toujours si ces personnes ont effectué d'autres changements majeurs qui pourraient être positifs (ex.: réduire les aliments transformés), ce qui risquerait de modifier les conclusions de l'étude. Mais chose certaine, en clinique, plusieurs de mes collègues constatent que la réduction du gluten dans l'alimentation de leurs clients aide à améliorer leur état. Pour ma part, si j'avais devant moi une personne en souffrance ayant déjà essayé toutes sortes de médications, je lui proposerai sûrement une diète sans gluten. Pour autant qu'elle soit sous ma supervision, et que je m'assure qu'elle comble ses besoins nutritionnels. Cela dit, je ne serais pas à l'aise de recommander une alimentation sans gluten à l'ensemble de la population. Et ce, pour des raisons de raisonnement scientifique, notamment. 

Données probantes, encore et toujours
Lorsqu'on parle des effets positifs sur l'élimination du gluten, on ne peut pas encore parler de données probantes, c'est-à-dire, des données "probabilistes", obtenues via des études de très grandes envergures, sur des êtres humains, avec des méthodes de qualité et une technique d'analyse irréfutable. Hélàs, on aura beau avoir les meilleures données probantes, ce ne sera jamais une "preuve". Par exemple, au meilleur de nos connaissances actuelles, on pourrait penser que d'éliminer le gluten aiderait certaines personnes à se sentir mieux, en raison d'une possible sensibilité au gluten, laquelle demeure encore sous l'objet d'études. (Notez ici l'accord  de mon verbe au conditionnel et la présence d'adverbes probabilistes!) Par contre, on ne peut pas dire que nous avons la preuve que le gluten cause du tort à l'ensemble de la population, puisqu'une telle affirmation suggère que nous savons tout, avec certitude. Réflexion philosophique, je l'avoue. 

Les données probantes sont à la base des réflexions scientifiques et des recommandations populationnelles sur la nutrition. Si je vous dis de manger plus de fibres, c'est parce qu'il existe un paquet d'études crédibles démontrant que les fibres améliorent le transit intestinal, notamment. Par contre, il demeure très rare de déduire des recommandations "privatives" suite aux résultats d'études, même en présence de données probantes. Parce qu'au bout du compte, une chose demeure: IS IT RELEVANT ? Ou en français : "Est-ce que ça va être utile pour améliorer la qualité de vie d'une personne?" Je reviens donc à ma réflexion du début: vous constatez que l'élimination du gluten permet une jouissance de vivre parce que vos symptômes disparaissent ? Tant mieux ! Je perçois cette stratégie alimentaire comme étant utile. 


Vous désirez perdre du poids ? Augmenter votre niveau d'énergie ? Vous pensez constamment à améliorer votre diète et cherchez à éliminer un nouvel aliment pour apaiser votre anxiété alimentaire ? Non. IT ISN'T RELEVANT. Ce n'est pas utile d'éliminer le gluten. Toutes ces affirmations proviennent de nos déductions personnelles, du marketing alimentaire agressif, ou encore, du bouche à oreille en provenance de charlatans. C'est loin d'être probant, et si une seule étude a été faite à ce sujet, le nombre de participants, la durée de l'étude, et ses méthodes sont probablements très TRÈS douteuses. 

Sur ce, je vous laisse avec quelques recommandations si vous souhaitez retirer le gluten de votre alimentation:
1. Faites en sorte d'obtenir un diagnostic pouvant infirmer ou confirmer la présence de maladie coeliaque auprès d'un médecin. 
2. Consultez un(e) diététiste nutritionniste (nous ne sommes pas tous et toutes fermées à l'idée du sans gluten, et on vous aidera à trouver une stratégie qui sera propre à vous et votre réalité).
3. Enfin, de grâce, bien manger, ce n'est pas éliminer des aliments. C'est équilibrer son alimentation, manger le moins d'aliments transformés possible, et surtout, savourer pour le plaisir de vos papilles !

Et vous, avez-vous tenté d'éliminer le gluten ? Vous sentez-vous privé ou jugé par les gens de votre entourage ? Avez-vous obtenu l'aide d'un(e) diététiste nutritionniste ?

Références:
Qu'est-ce qui constitue une donnée probante ? Une perspective philosophique, Centre de collaboration nationale sur les politiques publiques et la santé, Centres nationaux de la collaboration en santé publique, Institut national de santé publique du Québec, janvier 2010
- Dietitians of Canada. Professional - Practice Guidance Summaries and Practice Questions In: Practice-based Evidence in Nutrition [PEN]. Keyword "Gluten". Available from: http://www.pennutrition.com Access only by subscription.

lundi 4 février 2013

À chaque "push-up" sa réflexion...

Notre défi se poursuit. Mois #2: 60 push-ups par jour, matin et soir. J'allais commencer ce billet en vous parlant de ma douleur au niveau des pectoraux (270 push-ups plus tard...), mais je réalise que ce défi fait vraiment travailler ma pensée, beaucoup plus que mon corps. Réflexions autour de mes push-ups...


Le besoin de s'accomplir

Je chante toujours pour le plaisir,
sans m'exiger d'être la meilleure ! ;)
Je ne sais pas pour vous, mais moi, quand je m'investis dans un projet ou un défi comme celui-là, je suis incapable de m'impliquer à moitié ou au trois-quart. Je donne tout mon coeur, mon âme, mon 200 % pour réussir ! Certains diront que c'est un trait de personnalité particulièrement positif. Quand on veut améliorer son alimentation, oui, ça aide. Si vous êtes investi et discipliné, il n'y a pas de doutes: vous réussirez. Mais attention...

Vouloir être le meilleur, à tout prix ?
Il y a une limite à vouloir trop s'investir. Je me bats contre elle chaque jour. J'ai grandi dans un monde où la quête du meilleur de soi était très valorisante. Je lisais avec mon père tous les soirs, et avant d'entrer à la maternelle, je savais déjà lire. J'étudiais comme une forcenée et j'obtenais des 90 %, une cote R de 34,1 au Cégep, des A à l'Université... J'ai compris qu'en mettant des énergies dans un projet ou un défi, ça nous permettait d'exceller et de s'accomplir au-delà de nos espérances. C'est bien beau, vouloir faire 60 push-ups par jour, mais si vous le faites, vous devez le faire pour vous-même, pour le PLAISIR que ça vous procure de vous accomplir, et pour RIEN d'autre. Mais surtout, si ce défi ou cet objectif vous pousse au-delà de vos limites, et qu'il vous gruge à petit feu, ça ne sert à rien. Vous vous écroulerez, comme je me suis déjà écroulée...

Changer, pour le meilleur, et non pas pour ÊTRE le meilleur !
Je crois en moi, je sais ce que je vaux, et je suis persuadée que je peux constamment m'améliorer. Vous aussi ! Cependant, vous devez vous écouter, et ajuster vos changements d'habitudes de vie selon vos capacités. Parce que sinon, vous serez déçus. Déçu de vous-mêmes, et dévalorisé pour des raisons qui n'ont pas lieu d'être. Je me souviendrai toujours de LA fois où j'avais fait six fautes d'orthographes dans une dictée en troisième année du primaire. La honte. La peur. La tristesse. Mais surtout, la frustration envers moi-même d'avoir déçu mon enseignante, qui avait l'habitude de coller plusieurs petites étoiles dorées sur un tableau de reconnaissance, à côté de mon nom. J'y repense aujourd'hui, et je me dis que rien ne doit être fait pour se prouver aux autres, et obtenir la reconnaissance d'autrui. Ça ne génère que du négatif. Évidemment, à neuf ans, je ne pouvais pas faire cette réflexion, et j'ai préféré pleurer en arrivant à la maison. Franchement Geneviève... Ton cerveau avait peut-être tout simplement manqué de glucides ce jour-là !  ;)

Alors si je ne suis pas la meilleure à vos yeux, et si vous me trouvez complètement sautée de faire ces défis, à quoi bon m'en faire ? J'y prends plaisir, j'y crois, j'aime ça. Tout ce que vous entreprendrez (ex.: bouger plus, manger mieux, cuisiner plus, découvrir de nouveaux aliments, améliorer votre santé, prévenir le diabète, traiter votre cholestérol, etc.), faites-le pour vous, et personne d'autre. Ayez du plaisir, respectez vos limites, trouvez un sens à votre défi/projet et surtout, allez chercher l'aide de professionnels pour vous épauler. Ça vaut de l'or, croyez-moi !

Et vous, avez-vous tendance à vouloir être le meilleur dans tout ce que vous faites ? Est-ce que ça se traduit dans vos habitudes de vie ?