lundi 29 juillet 2013

J'ai (encore) le poids sur la conscience (partie 2 de 2)

Et voilà, je vous avais promis une partie #2 à ce blogue concernant la question du poids. Je suis très heureuse des retombées de mon premier billet, alors je souhaite que ce deuxième soit tout aussi favorable à modifier vos perceptions et vous aider à comprendre ce qu'une personne peut vivre lorsqu'elle est préoccupée par son apparence, son poids, ce qu'elle mange, etc. Voici donc la suite de mon histoire...



J'avais sept ans et je savais déjà que j'étais plus "enrobée" que les autres, sans pour autant l'être vraiment. C'était ma perception, puisque c'est ce qu'on m'avait appris: "tu vas grossir". J'avais associé mon image corporelle "négative" à des sentiments négatifs. Encore aujourd'hui, j'ai de la difficulté à m'enlever cette idée. Il m'arrive très fréquemment de me dénigrer et de me dévaloriser lorsque je me sens triste, fatiguée, anxieuse, fâchée... 

Ce phénomène a été renforcée alors que je n'avais que 14 ans. Comme j'ai hérité des hormones de ma mère (pas de chance), j'ai eu mes règles et une poitrine très tôt dans mon enfance. Or, vous comprendrez que je recevais des commentaires positifs sur mes seins (j'étais probablement la seule à en avoir à 11 ans). Mais l'histoire a pris un revirement dès le secondaire: j'avais des seins normaux, mais des "grosses cuisses et fesses", selon les commentaires des garçons qui avaient noté les filles sur 10 après les avoir vues à la piscine pendant le foutu cours de natation... Ce jour-là, je m'en souviens comme si c'était hier. Je suis retournée chez moi en pleurant, je cachais le bruit de ma peine en m'enfonçant la tête dans un coussin. Je ne voulais pas que Mamie m'entende (elle m'aurait sûrement donné des biscuits pour me réconforter!). Le lendemain matin, je n'ai pas déjeuné. J'ai vraiment honte de vous dire ceci mais je me suis même mutilée (bon rien de grave, mais je m'étais coupé la peau sur la cheville). C'est à partir de ce jour que Geneviève est devenue la fille préoccupée par ce qu'elle mangeait. Je commençais à avoir un certain contrôle sur mes apports alimentaires, alors je mangeais des salades. 

Malheureusement, ma mère étant ce qu'elle était, elle m'a entraînée dans son manque de confiance en elle. Pour s'aider dans son cheminement de perte de poids (qu'elle n'avait pas besoin de perdre), elle voulait que je la motive. On écrivait donc ensemble tout ce qu'on mangeait dans des cahiers, on lisait des livres de régimes, et nous sommes même allées jusqu'à faire une cure de jus de carottes (pire souvenir à VIE!) Grâce à elle (ou à cause d'elle, mais je refuse de l'accuser...) je me suis mise à compter mes calories. Erreur. Grave erreur.

Au CEGEP, je continuais de compter mes calories, car cela me permettait de garder un certain contrôle. J'avais droit à un muffin au chocolat de la cafétéria par semaine.

Faites l'équation: ce n'est pas pour rien que je suis devenue nutritionniste. Heureusement, ma profession m'a sauvée la vie (ou presque). J'étais certaine en entrant au baccalauréat que j'allais apprendre comment maigrir, qu'on allait me confirmer que le yogourt Silhouette 0% était le meilleur choix et que les biscuits allégés étaient dignes de leur nom. Mais non. On m'a appris que je devais manger de tout, écouter ma faim, et éviter de penser à mon poids "santé". Le poids santé devient de plus en plus un concept dépassé: on parlera bientôt de poids "naturel" ou "génétique", c'est-à-dire celui avec lequel on vit bien, et qui nous procure la santé. Fini l'IMC ? À suivre.

Enfin, tout ça pour vous dire que la préoccupation à l'égard du poids débute tôt dans l'enfance et que je n'y ai pas échappé. Encore aujourd'hui, je tente de me défaire de ce décompte des calories. Mais c'est tellement ancré en moi, que même sans calculatrice, je fais des calculs dans ma tête. Ça m'a pris du temps avant de comprendre que cette habitude était malsaine et que je devais absolument consulter pour m'en sortir. On s'entend: je suis fonctionnelle, je mange de tout, je me permets des aliments moins nutritifs, SAUF QUE j'ai besoin de contrôle pour me sécuriser. J'en ai conscience, et je sais que ça va m'aider à cheminer dans ma réflexion. 

Je ne dis pas qu'il faille faire fi de notre poids si celui-ci nuit à notre santé. Mais dans une approche visant à améliorer les habitudes de vie d'une personne, je pense qu'on devrait miser sur la qualité de l'alimentation avant de parler de poids santé et de chiffres (qu'il s'agisse de calculer des points, des portions ou des calories).

Ça m'a fait énormément de bien de me confier à vous ! Dans la vie, on n'est pas obligé de tout dire. Si j'ai décidé de vous parler de cette problématique que je vis, c'est pour vous faire prendre conscience que vous aussi, vous avez peut-être besoin d'aide et qu'il ne faut pas avoir honte d'en parler. Une nutritionniste qui compte ses calories... Je peux vous dire que j'ai eu honte moi aussi.

- Allez-vous au gym en vous disant : "Il faut que j'y aille, sinon, je vais grossir" ?
- Vous sentez-vous coupable après avoir mangé un dessert ?
- Avez-vous de la difficulté à manger lors des repas en famile, par crainte que quelqu'un juge votre assiette ?
- Culpabilisez-vous après avoir passé deux semaines en vacances sans faire d'exercices ?
- Faites-vous du cross-fit/marathon/fitness etc. avec pour seul objectif celui d'être en contrôle de votre poids (soyez franc avec vous-même) ?

Vous avez répondu "oui" à l'une de ces questions ? Alors on s'entendrait bien ;) Vous devez en parler pour enfin vous sentir libre et heureux d'être vous-même. Je ne vous dis pas de ne plus faire de course ou de manger du dessert à outrance... Sauf que dans toutes ces situations, il y a quelque chose que vous oubliez peut-être qui vaut la peine d'être vécue: le PLAISIR !

Voilà, c'est fait, je me suis libérée ! Je travaille sur moi pour mieux travailler sur vous ;)

Quelles sont les difficultés que vous vivez à l'égard de votre poids corporel ? Avez-vous déjà tenté de compter vos calories ? Comment faites-vous pour vous sentir mieux dans votre peau maintenant que vous avez pris conscience que cette situation vous nuisait ?

lundi 22 juillet 2013

J'ai le poids sur la conscience (partie 1 de 2)


Parler de poids (pas le poids qu’on lève au gym, celui qui nous obsède, sur la balance…) n’est pas sans conséquence. Je vais vous faire une confidence. J’ai envie de me confier à vous après ma lecture du livre de Josée Guérin, une collègue nutritionniste : « Miroir, miroir, tu me fais souffrir » paru aux éditions Québec-Livres. C’est la première fois que j’en parle en public. Et j’aimerais beaucoup que mon expérience personnelle vous fasse réfléchir, en tant que parent, professionnel de la santé, ami, grand-parent, collègue de travail… 

Lorsque j’étais petite, je n’allais pas à la garderie. Mamie et Gaston habitaient chez moi, au sous-sol. C’est donc le sourire fendu aux lèvres que je descendais tous les matins rejoindre mes « deuxième » parents. Gaston m’attendait en faisant ses exercices d’étirement du matin. Mamie se levait, mal peignée, honteuse de ne pas être à son meilleur (l’apparence était très importante pour Mamie). Il était à peine 9h00, j’avais déjà accès à mon petit pot de Golden Buds (rosettes au chocolat) et à mon Coca-Cola. La journée ne faisait que commencer. S’en suivaient les biscuits Fudgee-O double chocolat au midi et le gâteau aux carottes au dessert du souper. En soirée, il m’arrivait de redescendre voir Mamie et Gaston lorsqu’ils regardaient The Wheel of Fortune. Mamie m’amenait en cachette dans sa chambre et m’offrait des chocolats Pots of Gold (rien de pire…) : « Chut ! C’est un secret, ne le dis pas à ta mère ». Inutile de vous dire que plus tard, le chocolat est devenu pour moi un interdit…

C’est à l’âge de huit ans que je suis allée chez le pédiatre, de routine. Je me souviens exactement l’ambiance dans son bureau : la blancheur des murs, l’odeur de son sarrau blanc trop lavé, ses lunettes épaisses, noirs et hideuses qui lui donnaient un air sévère…  À peine trois minutes après être entrée dans le bureau, docteur X (pour ne pas le nommer) me dit : « 80 lbs. C’est trop. Tu vas être grosse. Il faut faire attention. Son poids est trop élevé. » Pauvre papa… Il devait être mal à l’aise, il ne savait trop quoi lui dire, à ce stupide pédiatre qui me réprimandait d’être en surpoids.


Arrivée à la maison, je pleurais. À chaudes larmes. Je hurlais de douleur. Maman était troublée. Elle aurait giflé le pédiatre si elle avait été présente avec nous. Ne sachant trop quoi faire, elle s’est empressée de me montrer une balance. Elle m’a mise dessus (probablement en ajustant la roulette…) pour me montrer que je pesais moins et que je n’avais pas à m’en faire avec ça. Mais il était trop tard, cet instant chez le foutu pédiatre fût suffisant pour que mon apparence corporelle et mon poids devienne la base de mon acceptation et de mon estime de moi.

Je déteste parler de poids. J’en parle, et je ressens encore cette rage en moi envers le pédiatre. Mais toute ma vie, j’étais entourée d’une grand-mère qui valorisait les aliments non-nutritifs, et d’une mère qui avait peine à aimer son corps en se regardant dans le miroir. « Suis-je belle dans cette robe ? Ai-je l’air grosse ? » me disait-elle. Sérieusement, ma mère aurait pu avoir les cheveux verts, les yeux rouges et la peau orange, je l’aurais toujours trouvée aussi magnifique.

C’est ainsi que je me suis affirmée. J’ai décidé que j’allais prendre mon poids en mains. Dès le secondaire, il m’arrivait de recracher des aliments dans un Kleenex au lieu de les manger. J’aimais trop goûter le chocolat, mais je savais qu’il ne fallait pas en manger. Je suis même allée jusqu’à jeûner, pendant une journée, et à manger du pamplemousse, pour essayer de perdre du poids. J’avais 13 ans. Sérieusement, pensez-y, ça ne fait aucun sens.
C’est le début d’une réflexion de deux parties qui vise à vous faire prendre conscience que de simples gestes ou paroles à l’égard du poids peuvent avoir de grands impacts dans la vie d’un enfant. Je ne vous compte pas de mensonges, ici. Je ne suis jamais tombée dans l’anorexie, ni la boulimie, mais j’aurais pu… Mais une chose est restée, et elle ne partira jamais : je déteste parler de poids. Ça me fait de la peine. Lorsque j’entends des proches se préoccuper de leur poids, j’ai envie de les convaincre : « Crois-moi, ce n’est pas en focussant sur ton poids que tu vas trouver le bonheur ». J’ai envie de pleurer avec eux. Car moi, mon poids, il m’a gâché une partie de ma liberté, de ma naïveté d’enfant. Et même une grande partie de ma vie… Si vous croyez qu’une personne qui ne présente pas de surpoids est automatiquement heureuse, détrompez-vous. Car on peut devenir très obsédé et malheureux même dans un poids « santé » (je reviendrai sur ce concept dépassé dans un prochain billet).

Selon vous, qu’aurait pu faire le pédiatre pour m’aider ? Qu’est-ce que ma mère aurait pu faire pour remédier à la situation avec ma grand-mère ? J’attends vos pistes de réflexion…


lundi 8 juillet 2013

Déclaration de liberté: je bannis les interdits



Depuis quelques temps, je vois trop souvent de messages contradictoires reliés à la saine alimentation, en provenance d'individus de toutes sortes... Qu'il s'agisse de professionnels de la santé, de gens intéressés à la perte de poids, ou de ce que j'appelle des "charlatans" qui tentent de vous vendre des produits, tous vous proposent des façons miraculeuses de manger saintement. Aujourd'hui, je fais le point sur l'identité du "bien manger".

#1 Bien manger, c'est avoir une vision d'ensemble
"Il ne faut pas manger de..." ou "Le (aliment) est nocif"... Quiconque sort cette phrase sorte de sa bouche, ce n'est pas fondé. Aucun aliment n'est méchant. Cessons de vouloir trouver le fautif ! Tout est une question d'équilibre, de fréquence et de quantité. Le lait n'est pas un meurtrier. Les patates frites ne causent pas le cancer. Le soya ne fera pas pousser des seins aux hommes. Il faut toujours penser en terme de variété. Ce n'est pas la patate frite consommée un lundi midi du mois de juillet 2013 qui causera du tort ! Mais bien celles (au pluriel) ingérées le lundi, le mercredi, le vendredi et le samedi, accompagnées de charcuteries... C'est la même chose pour tous les aliments. Alors s'il-vous-plaît, cessons d'alarmer la planète entière et de générer de l'anxiété aux gens qui tentent de bien manger. Visons l'équilibre.

#2 Bien manger, c'est manger librement et penser au-delà de l'assiette
Peut-on enlever le mot "interdit" ou "privation" de notre vocabulaire ? Ce n'est pas en se privant d'un aliment qu'on aime qu'on va être en meilleure santé. Oui, peut-être qu'un individu qui s'est privé de frites toute sa vie possèdera un meilleur profil lipidique (s'il s'est aussi privé de tous les aliments riches en gras trans). Mais est-ce réaliste ? S'agit-il de la vraie vie ? Et sa santé MENTALE... On en fait quoi ? Tous ces gens qui prétendent être des spécialistes de la nutrition (sans études universitaires en la matière) qui vous disent de couper ci et cela ne se préoccupent pas de votre santé. Car en réalité, la santé c'est un concept qui englobent bien plus que la santé physique. La privation peut mener à des troubles alimentaires, à une anxiété face aux aliments et à l'acte de manger...

#3 Bien manger, c'est penser nuancé
Aucun aliment n'est mauvais, mais aucun aliment n'est parfait. Le soya non-biologique peut être fait d'OGM, le lait pourrait contenir des éléments pouvant nuire à notre santé, le thon contient du mercure, les fraises du Québec possèdent des pesticides, le chocolat renferment beaucoup de sucre... VRAI! Mais d'un autre côté, le lait renferme des protéines, de la vitamine D et du calcium, le thon représente une source d'oméga 3, et les fraises du Québec sont... tellement meilleures ! Déstressons-nous et revenons à la base: manger frais, manger plus de végétaux, manger pour le plaisir. Lorsqu'on réfléchit trop, on se crée un stress inutile, relié à l'acte de manger. Et si on réfléchit trop, on ne mangera plus rien. Il faut concentrer nos énergies là où sont nos valeurs et nos convictions (ex.: acheter local le plus souvent possible, préférer le biologique...)

#4 Bien manger, c'est aimer manger
J'ai trop longtemps cru que bien manger était synonyme d'aliments faibles en gras, de produits réduits en calories, de salade de légumes et de biscuits oméga-3... Heureusement, j'ai cessé d'être maniaque à l'égard des aliments le jour où j'ai fait mes études en nutrition. J'ai développé un esprit scientifique, curieux, analytique. J'ai arrêté de regarder uniquement la valeur nutritive d'un aliment, et j'ai commencé à le considérer dans son ensemble: "Cet aliment me procure-t-il des éléments nutritifs ? Est-ce que j'ai envie de le manger ? Ai-je faim pour le manger ? Est-il un choix sain pour ma santé mentale, physique, et environnementale ?" Je pense qu'il faut arrêter de diaboliser les aliments. Je crois sincèrement que nous sommes en train de perdre contacts avec nos émotions, nos besoins, notre cuisine familiale et notre esprit critique en décidant de supprimer des aliments. Je fais appel à votre jugement: la vie et le plaisir de manger valent bien plus que des restrictions, de la privation et de l'angoisse alimentaire. Réfléchissez avant de tout éliminer.

Et vous, êtes-vous angoissé à l'idée de faire des choix alimentaires ?