lundi 28 octobre 2013

Le cholestérol alimentaire, on s'en fiche... Vraiment ?

Après le gluten, les nitrites et les produits laitiers, impossible de passer à côté du cholestérol alimentaire. Combien de gens se privent d'oeufs entiers pour mieux contrôler leur cholestérol sanguin ? Beaucoup ! Je trouvais bien de faire le point à ce sujet. Car pour moi, le cholestérol alimentaire n'est définitivement pas "dangereux". Tellement inoffensif, que le corps en produit lui-même pour synthétiser des hormones et autres molécules essentielles au bon fonctionnement de notre organisme ! Mais attention : comme nous produisons du cholestérol, nous n'avons pas "besoin" d'en manger. Encore ici, cela dépend des quantités, de la fréquence, et de la qualité de notre alimentation en général.

Le cholestérol est-il nocif pour le coeur ? 

J'ai demandé à mon collègue Hugues Vaillancourt de nous aider à faire la lumière sur le cholestérol alimentaire.


"La recommandation de consommation maximale de cholestérol alimentaire est mitigée, mais son impact dans le développement des maladies cardio-vasculaires est bel et bien réel."


La vérité, c’est que les plus grands chercheurs dans ce domaine se disputent encore la couverte du lit à ce sujet; il est donc facile de se laisser convaincre autant par un camp que par l’autre. (1,4)  On a longtemps cru qu’une consommation élevée de cholestérol alimentaire, retrouvé principalement dans les jaunes d’œufs et plusieurs viandes et abats, était relié au taux de cholestérol sanguin, et que ce dernier était associé à un risque plus élevé de développer des maladies cardio-vasculaires. Des limites de consommation ont alors été établies pour le cholestérol alimentaire, soit de 300 mg/jour chez des personnes en santé et de 200 mg/jour chez des personnes à risque ou ayant déjà été victimes d’une maladie cardio-vasculaire, ou atteints de diabète de type 2. Ces recommandations sont d’ailleurs toujours actuelles au sein des lignes directrices d’associations médicales nationales, telles que la Fondation des maladies du cœur (5).




Des remises en question...

Toutes ces relations de cause à effet sont aujourd’hui de plus en plus remises en question du côté de la recherche scientifique. D’abord, il est vrai que plusieurs revues de littérature scientifique n’ont pas trouvé de relation entre la consommation de cholestérol alimentaire et le risque sur la santé cardio-vasculaire (6,8).  Ces recherches soulignent donc la possibilité de réviser à la hausse la recommandation établie à 300 mg/jour (3).  Consommer plus de cholestérol alimentaire semble augmenter à la fois le « bon » (HDL) et le « mauvais » cholestérol sanguin (LDL), ce qui maintiendrait généralement le ratio LDL/HDL et n’aurait aucune incidence sur le risque de maladies cardio-vasculaires (3,9).  Par ailleurs, il existe cependant des individus qui seraient "hyper-répondeurs" au cholestérol alimentaire, ce qui signifie que leur cholestérol sanguin serait grandement augmenté par une consommation élevée de cholestérol alimentaire : ces personnes constituent généralement un tiers, presqu’un quart, de la population générale (1,3,6). 

Les gras saturés en cause ?
Ce qu’il faut se rappeler, c’est qu’à l’exception des œufs et des crevettes, plusieurs importantes sources de cholestérol alimentaire sont également d’importantes sources de gras saturés, comme les viandes rouges très grasses et certaines charcuteries (bacon, baloney, etc.). Les gras saturés, lorsque présents en grande quantité dans l’alimentation au profit de gras mono- et polyinsaturés, favoriseraient l’incidence de maladies cardio-vasculaires beaucoup plus significativement que la consommation de cholestérol alimentaire (5,6, 10)

Une question de prudence
Les limites établies de consommation de cholestérol alimentaire dans les lignes directrices des associations médicales pour la santé cardio-vasculaire n’ont pas encore changé pour une excellente raison : elles sont encore pertinentes à respecter puisqu’il est impossible d’identifier précisément les individus hyper-répondeurs à la consommation de cholestérol alimentaire (4). Tant qu’un doute scientifique subsistera quant à la sécurité de consommer plus de 300mg/jour de cholestérol alimentaire, ces recommandations ne changeront pas, tout simplement par prudence pour la santé de la population générale.  

En terminant, près de 90% de la population américaine est à risque de déficience alimentaire en choline, un élément nutritif que l'on retrouve souvent dans les aliments riches en cholestérol. Mais il est clair dans la littérature scientifique qu’il faut idéalement opter pour des choix alimentaires qui maximiseraient les sources alimentaires de choline, sans toutefois dépasser les recommandations maximales en cholestérol alimentaire (12, 13).  Une alimentation variée, mariant des sources de protéines à la fois animales et végétales (noix, tofu, légumineuses), ainsi que des apports correspondant aux recommandations du Guide alimentaire canadien (GAC) pour les fruits et légumes, les produits laitiers et les produits céréaliers, constitue un bon départ afin de relever ce défi (14).


1.Fernandez ML: Rethinking dietary cholesterol. Curr Opin Clin Nutr Metab Care 2012, 15(2):117-121
2. Spence JD, Jenkins DJ, Davignon J: Dietary cholesterol and egg yolks: not for patients at risk of vascular disease. Can J Cardiol 2010, 26(9):e336-339.

3.Fernandez ML, Calle M: Revisiting dietary cholesterol recommendations: does the evidence support a limit of 300 mg/d? Curr Atheroscler Rep 2010, 12(6):377-383.

4. Jones PJ: Dietary cholesterol and the risk of cardiovascular disease in patients: a review of the Harvard Egg Study and other data. Int J Clin Pract Suppl 2009(163):1-8, 28-36.

5. Fondation des maladies du coeur: Les matières grasses, les huiles et le cholestérol. Page consultée le 17 septembre 2013., Disponible en ligne: http://www.fmcoeur.com/site/c.ntJXJ8MMIqE/b.3562399/k.54F4/Mode_de_vie_sain__Les_mati232res_grasses_les_huiles_et_le_cholest233rol.htm.

6. Constance C: The good and the bad: what researchers have learned about dietary cholesterol, lipid management and cardiovascular disease risk since the Harvard Egg Study. Int J Clin Pract Suppl 2009(163):9-14, 27-43.

7. Djousse L, Gaziano JM: Dietary cholesterol and coronary artery disease: a systematic review. Curr Atheroscler Rep 2009, 11(6):418-422.

8. Lecerf JM, de Lorgeril M: Dietary cholesterol: from physiology to cardiovascular risk. Br J Nutr 2011, 106(1):6-14.

9. Barona J, Fernandez ML: Dietary cholesterol affects plasma lipid levels, the intravascular processing of lipoproteins and reverse cholesterol transport without increasing the risk for heart disease. Nutrients 2012, 4(8):1015-1025.

10. Baum SJ, Kris-Etherton PM, Willett WC, Lichtenstein AH, Rudel LL, Maki KC, Whelan J, Ramsden CE, Block RC: Fatty acids in cardiovascular health and disease: a comprehensive update. J Clin Lipidol 2012, 6(3):216-234.

11. Fondation des maladies du coeur: Introduction aux oeufs. Page consultée le 17 septembre 2013, Disponible en ligne: http://www.fmcoeur.com/site/apps/nlnet/content2.aspx?c=ntJXJ8MMIqE&b=4988587&ct=7511523.

12.  Ueland PM: Choline and betaine in health and disease. J Inherit Metab Dis 2011, 34(1):3-15.

13. Zeisel SH, da Costa KA: Choline: an essential nutrient for public health. Nutr Rev 2009, 67(11):615-623.

14. Patterson KY, Bhagwat SA, Williams JR, Howe JC, Holden JM: USDA Database for the Choline Content of Common Foods. US Department of Agriculture 2008, Disponible en ligne: http://www.ars.usda.gov/SP2UserFiles/Place/12354500/Data/Choline/Choln02.pdf.

mardi 15 octobre 2013

Mensonge ou vérité: le lait est la meilleure source de calcium

Au menu de ma série de blogues "mensonges ou vérité", j'ai abordé des sujets très controversés, dont le nitrite et le gluten. Mais je crois que rien ne bat la controverse entourant les produits laitiers. Si vous désirez mon humble avis, je crois qu'il n'existe pas d'aliments parfaits, et que les aliments "nocifs" pour la santé sont surtout ceux qui ont été transformés et additionnés d'une panoplie de sel, de sucre et de gras. Avant d'encourager la population à éliminer le lait, je pense que la science a bien du chemin à faire, et les individus aussi. De mon point de vue, ce n'est pas en mettant des restrictions au grand public que nous arriverons à changer les choses et à faire augmenter la consommation de légumes et fruits (car ça reste encore un problème majeur de santé publique...) C'est vrai qu'il n'y a pas que le lait dans la vie, mais pourquoi éliminer un aliment aussi nutritif alors qu'on mange des biscuits et des chips plusieurs fois par semaine ?

Ah oui ! Avant d'aller plus loin. Je dois annoncer mes conflits d'intérêts et avouer que j'oeuvre quelques fois au sein de l'industrie laitière au Canada, et je suis très fière de contribuer à leurs initiaves qui font la promotion de la santé. Cependant, personne ne m'a financée pour écrire ce billet et vous pouvez être sûrs et certains que les prochaines lignes sont le fruit de la pensée objective de ma profession. Ça comprend celle de mon talentueux collègue Bernard Lavallée. Lui, il en a des choses à dire sur les controverses alimentaires. Son point de vue nuancé et sa façon unique d'amener des opinions font de lui un professionnel de la santé que je respecte beaucoup. Il se joint à moi pour le troisième billet de ce blogue. Une version en anglais vous est offerte plus bas.

Le lait est LA meilleure source de calcium : Vrai ou Faux ?

Premièrement, il est vrai de dire que le lait n'est pas la seule source de calcium. Mais il reste une excellente source ! Commençons d'abord par défaire plusieurs mythes entourant le lait. Certains "spécialistes" propagent le mythe qu'une enzyme, appelée phosphatase alcaline, est détruite lorsque nous pasteurisons le lait. De ce fait, ils accusent cette réaction de réduire l'absorption de calcium. Mais attention à l'interprétation que l'on fait d'études datant de 1977 (40 ans, c'est loin derrière !) (1). Tout d'abord, dans cette étude, la phosphatase alcaline ne se retrouve pas dans le lait, mais bien dans le tube digestif des rats de laboratoire. La pasteurisation n'a rien à voir avec l'activité de cette enzyme ! Conclusion ? Vérifiez bien vos sources avant d'avaler les paroles de qui que ce soit.



Les Asiatiques souffrent moins d'ostéoporose que les Nord-Américains, et ils ne consomment pas de lait...
Voilà un élément qui est souvent remis en question lorsqu'on aborde le lait de vache. Cependant, cette relation entre le lait et l'ostéoporose ne semblerait pas associée au lait. En fait, on remarque une forte prévalence d'ostéoporose en Asie depuis ces dernières années, tout comme en Amérique du Nord. Cela serait plutôt dû à l'industrialisation et l'urbanisation des milieux. Les gens deviennent de plus en plus sédentaires, ce qui accroît le risque d'ostéoporose. Quant aux fractures de la hanche, elles pourraient être davantage associées à la physiologie humaine plutôt qu'à la consommation de lait. Lorsqu'on se penche sur les études à cet égard, on remarque d'ailleurs qu'il existe de grandes différences à-même la population Asiatique. Difficile d'accuser un seul aliment lorsqu'on fait l'analyse de données aussi complexes. (2) (3)

Le lait reste une des meilleures sources de calcium. Les chiffres parlent d'eux-mêmes:

1 tasse de lait : 300 mg
1 tasse de brocoli: 180 mg
1 tasse d'épinards cuits : 240 mg
30 g d'amandes: 160 mg

Mais c'est vrai que d'autres aliments nous fournissent du calcium. On ne peut pas le nier. Cependant, quelqu'un qui décide d'éliminer le lait et les produits laitiers de son alimentation doit faire les bonnes substitutions, et consommer quotidiennement de grandes quantités de ces aliments pour combler ces besoins. Le Nord-Américain moyen est-il prêt pour de tels changements ? Peut-être pas. Changer ses habitudes, c'est pas mal plus complexe qu'on le croit. Pour réussir un changement alimentaire, il faut y aller en douceur, et éviter les modifications trop drastiques.

L'intolérance au lactose : un symptôme de surconsommation laitière ?
Plusieurs individus souffrent d'intolérance au lactose, c'est un fait. Dépendamment des sources, plus de 75 % des gens sont intolérants au lactose dans certaines populations. Mais tel n'est pas le cas en Amérique du Nord. La majorité de gens de descendance européenne tolèrent très bien le lactose. C'était (et c'est toujours) une très bonne adaptation pour la survie humaine, car les gens ont bénéficié de plusieurs éléments nutritifs en consommant du lait. 

Nous pourrions parler du lait encore longtemps. Faute d'espace, nous devrons reporter le débat à un autre billet !

(English version)

Milk is THE best source of calcium: true or false

First of all, milk is not the best source of calcium you can get, but it’s a pretty good source. And it’s not the only one. Before we talk about it, let’s take a look at a first myth concerning milk. Some studies from 1977 (1) say that an enzyme (alkaline phosphatase), supposedly in the milk, is destroyed when we pasteurize it. What we get wrong by reading an article too fast is that this enzyme is in abundant quantity in modified rats’ GI tracts. Not in milk. Pasteurization has nothing to do with the activity of this enzyme. Conclusion: it is very important to double-check our sources. And studies from 40 years ago aren't always as valid as studies of 2012...

There's less osteoporosis in Asian populations, and, they don't consume milk !

These claims about osteoporosis (and hip fractures) are frequently addressed when talking about the difference in North America compared to Asia. However, this relation is not mediated by milk intake. In fact, osteoporosis is rapidly becoming as prevalent in Asia as it is in North America. It might be caused by industrialization and urbanization. People become more sedentary, which is an important factor in the development of osteoporosis. As for hip fractures, it might be explained by physiology. In fact, all over the Asian continent, there is great discrepancy among populations. (2) (3)


Milk is one of the best source of calcium. Even the numbers alone show it. 

1 cup milk : 300 mg
1 cup broccoli: 180 mg
1 cup spinch : 240 mg
1oz almonds : 160 mg

But milk isn't the only one. And I’m not even saying milk is absolutely necessary to be healthy. There are plenty of other foods containing calcium. However, what this means is people who decide not to drink milk must consume these foods daily and in great quantity if they want to get all the calcium they need. They sure need to be ready ! Changing our food habits isn't always that easy. 

Our digestive tract isn't made for milk...
Globally, a lot of people are lactose intolerant. Depending of the sources, there are estimations that go as high as 75% of the population. However, this is not true in North America. European descendants are mainly lactose tolerant. This was/is an adaptive advantage since we can consume milk which is a nutritious food. However, for some lactose intolerant people, it is possible to eat milk products like cheeses or yogurts since they contain less lactose than milk. They can also benefit from enzyme supplements. But that’s a topic for another day.


Références:
(1) Fournier P, Fontaine N, Fournier A.Ann Nutr Aliment. 1977;31(3):277-90.
New correlation between absorption of calcium and activity of intestinal alkaline phosphatases.
Fournier P, Fontaine N, Fournier A.
(2) Cheng SY, Levy AR, Lefaivre KA, et al. Goegraphix trends in incidence of hip fractures : a comprehensive literature review. Osteoporosis Int 2011;22 :2575-2586.
(3) Cooper C, Cole ZA, Holroyd CR, et al. Secular trends in the incidence of hip and other osteoporotic fractures. Osteoporosis Int 2011; 22 : 1277-1288.



mardi 1 octobre 2013

Tous contre le gluten ?


Récemment, en me promenant à l'épicerie, j'ai eu une révélation: le sans gluten n'est pas nécessairement plus santé. Des craquelins à l'huile de palme et du pain bourré de sodium... D'ailleurs, je viens tout juste de terminer mon défi du mois de septembre, qui consistait à manger 1 semaine sans gluten. Ouf. Je dois vous avouer que j'ai passé ma semaine à avoir faim. J'ai eu beaucoup de difficulté à trouver des pains riches en fibres (même le nouveau pain de Ste-Méthode contient 1g par tranches). Ça m'a coûté très cher, et je suis certaine que j'ai consommé des traces de gluten (dans mes fruits séchés par exemple). Je comprends maintenant mieux les gens atteints de la maladie coeliaque: manger sans gluten, ce n'est pas une partie de plaisir. Ça demande beaucoup de courage et de volonté. Je m'agenouille devant votre force et votre tenacité !

Le gluten se retrouve dans le blé, l'orge, le seigle,
le triticale, l'épeautre, le kamut.
L'avoine est souvent contaminée par le gluten. 
Maintenant, faisons le point, une fois de plus, sur le gluten. Le mensonge dont je veux traiter aujourd'hui porte sur la popularité des diètes qui éliminent le gluten. Sont-elles une mode ou un nouveau mode de vie ? Pour élucider la question, j'ai fait appel à mon collègue Hugues Vaillancourt, qui partage mon opinion à propos de la diète sans gluten. Hugues est détenteur d'un baccalauréat en nutrition ainsi que d'une maîtrise en nutrition de l'Université Laval. C'est grâce à son projet de maîtrise qu'il s'est intéressé à la production de revues systématiques de la littérature et à la pratique basée sur les données probantes, notamment.

Voici donc ce que ce chevronnée des études scientifiques crédibles a à vous dire à propos de la diète sans gluten.


La popularité grandissante des diètes sans gluten est principalement due à une mode alimentaire auprès de la population générale. VRAI OU FAUX ?

Une allergie au gluten (ou maladie cœliaque) est soupçonnée chez des personnes ayant les symptômes suivants : diarrhées fréquentes, ballonnements, douleurs abdominales, fatigue généralisée et perte de poids sans explication apparente (1, 2). Si vous souffrez d'un ou plusieurs de ces symptômes sur une base régulière ou que vous soupçonnez avoir une allergie au gluten, il ne faut en aucun cas cesser ou même diminuer volontairement votre consommation de gluten tant et aussi longtemps que vous n’aurez pas subi les tests diagnostiques appropriés auprès d’un médecin gastro-entérologue. En effet, une consommation de gluten doit être maintenue dans l’alimentation afin de pouvoir détecter s’il y a présence d’une maladie cœliaque, soit une réaction immunitaire du corps humain au gluten présent dans l’alimentation. Il ne faut donc pas sous aucun prétexte procéder par soi-même à des essais d’élimination et de réintroduction d’aliments.


Alors que la présence de symptômes n'était habituellement associée qu’à la maladie cœliaque, il est de plus en plus reconnu que des personnes ayant de tels symptômes pourraient avoir une sensibilité au gluten non-associée à la maladie cœliaque (1, 3). Cependant, cette notion est très nouvelle dans le domaine de la santé et les moyens médicaux de diagnostiquer cette sensibilité sont donc encore limités(1, 3). L’adoption d’une diète sans gluten permettrait à plusieurs de ces personnes de voir disparaître leurs symptômes. Cela consisterait à l’heure actuelle le moyen le plus efficace d’identifier une sensibilité au gluten non-associée à la maladie cœliaque (1, 3). Ce processus de retrait du gluten de l’alimentation devrait néanmoins s’effectuer en compagnie d’un ou de plusieurs professionnels de la santé tels qu’un médecin de famille, un gastro-entérologue, et un nutritionniste-diététiste, afin d’effectuer un suivi médical approprié de l’évolution des symptômes. Ces professionnels doivent d’abord s’assurer qu’il ne s’agit pas d’une maladie cœliaque, d’une allergie au blé, ou encore de côlon irritable, avant de pouvoir identifier une probable sensibilité au gluten.

Autrement, il n’y a pas raison de croire que le gluten a un effet néfaste sur la santé. Il est vrai de dire que depuis le début de l’industrialisation des produits alimentaires, l’utilisation préférentielle de produits du blé a pu favoriser une diminution de la consommation générale de produits céréaliers exempts de gluten tels que le riz, le quinoa, l’amarante, etc., ce qui aurait pu augmenter l’exposition de la population générale au gluten. Cependant, chez des personnes en santé, sans symptômes gastro-intestinaux, il n’y a pas de justifications valables scientifiquement, qui supportent le retrait total ou partiel des produits alimentaires contenant du gluten.


Le gluten n’a pas démontré provoquer des maladies telles que l'ostéoporose, le lupus et le cancer chez des sujets en santé. En revanche, on peut observer l’apparition de nouvelles maladies causées par de la malabsorption chez les personnes atteintes de maladie coeliaque. Cette difficulté à absorber les éléments nutritifs dans le tube digestif est secondaire à l’inflammation de la muqueuse intestinale, lorsque celle-ci entre en contact avec du gluten, seulement chez les gens atteints de la maladie cœliaque et ne suivant pas adéquatement de diète sans gluten. À noter cependant que chez certaines personnes souffrant d'autres conditions médicales spécifiques (entéropathie associée au VIH, diabète de type II, dermatite herpétiforme), on observerait peut-être un bénéfice de retirer le gluten dans l’alimentation (4). Encore ici, il demeure primordial d'en discuter avec un professionnel de la santé avant d'entamer un changement.


Enfin, on gagne également à encourager la population générale à redécouvrir certains produits céréaliers, autres que le blé, souvent négligés dans l’alimentation occidentale, ne serait-ce que pour bénéficier d’une variété alimentaire enrichissante pour l’organisme et pour le plaisir gustatif !

Références:
  1. Lundin KE, Alaedini A: Non-celiac gluten sensitivity. Gastrointest Endosc Clin N Am 2012, 22(4):723-734.
  2. Sapone A, Bai JC, Ciacci C, Dolinsek J, Green PH, Hadjivassiliou M, Kaukinen K, Rostami K, Sanders DS, Schumann M et al: Spectrum of gluten-related disorders: consensus on new nomenclature and classification. BMC Med 2012, 10:13.
  3. Brown AC: Gluten sensitivity: problems of an emerging condition separate from celiac disease. Expert Rev Gastroenterol Hepatol 2012, 6(1):43-55.
  4. El-Chammas K, Danner E: Gluten-free diet in nonceliac disease. Nutr Clin Pract 2011, 26(3):294-299.