mardi 1 octobre 2013

Tous contre le gluten ?


Récemment, en me promenant à l'épicerie, j'ai eu une révélation: le sans gluten n'est pas nécessairement plus santé. Des craquelins à l'huile de palme et du pain bourré de sodium... D'ailleurs, je viens tout juste de terminer mon défi du mois de septembre, qui consistait à manger 1 semaine sans gluten. Ouf. Je dois vous avouer que j'ai passé ma semaine à avoir faim. J'ai eu beaucoup de difficulté à trouver des pains riches en fibres (même le nouveau pain de Ste-Méthode contient 1g par tranches). Ça m'a coûté très cher, et je suis certaine que j'ai consommé des traces de gluten (dans mes fruits séchés par exemple). Je comprends maintenant mieux les gens atteints de la maladie coeliaque: manger sans gluten, ce n'est pas une partie de plaisir. Ça demande beaucoup de courage et de volonté. Je m'agenouille devant votre force et votre tenacité !

Le gluten se retrouve dans le blé, l'orge, le seigle,
le triticale, l'épeautre, le kamut.
L'avoine est souvent contaminée par le gluten. 
Maintenant, faisons le point, une fois de plus, sur le gluten. Le mensonge dont je veux traiter aujourd'hui porte sur la popularité des diètes qui éliminent le gluten. Sont-elles une mode ou un nouveau mode de vie ? Pour élucider la question, j'ai fait appel à mon collègue Hugues Vaillancourt, qui partage mon opinion à propos de la diète sans gluten. Hugues est détenteur d'un baccalauréat en nutrition ainsi que d'une maîtrise en nutrition de l'Université Laval. C'est grâce à son projet de maîtrise qu'il s'est intéressé à la production de revues systématiques de la littérature et à la pratique basée sur les données probantes, notamment.

Voici donc ce que ce chevronnée des études scientifiques crédibles a à vous dire à propos de la diète sans gluten.


La popularité grandissante des diètes sans gluten est principalement due à une mode alimentaire auprès de la population générale. VRAI OU FAUX ?

Une allergie au gluten (ou maladie cœliaque) est soupçonnée chez des personnes ayant les symptômes suivants : diarrhées fréquentes, ballonnements, douleurs abdominales, fatigue généralisée et perte de poids sans explication apparente (1, 2). Si vous souffrez d'un ou plusieurs de ces symptômes sur une base régulière ou que vous soupçonnez avoir une allergie au gluten, il ne faut en aucun cas cesser ou même diminuer volontairement votre consommation de gluten tant et aussi longtemps que vous n’aurez pas subi les tests diagnostiques appropriés auprès d’un médecin gastro-entérologue. En effet, une consommation de gluten doit être maintenue dans l’alimentation afin de pouvoir détecter s’il y a présence d’une maladie cœliaque, soit une réaction immunitaire du corps humain au gluten présent dans l’alimentation. Il ne faut donc pas sous aucun prétexte procéder par soi-même à des essais d’élimination et de réintroduction d’aliments.


Alors que la présence de symptômes n'était habituellement associée qu’à la maladie cœliaque, il est de plus en plus reconnu que des personnes ayant de tels symptômes pourraient avoir une sensibilité au gluten non-associée à la maladie cœliaque (1, 3). Cependant, cette notion est très nouvelle dans le domaine de la santé et les moyens médicaux de diagnostiquer cette sensibilité sont donc encore limités(1, 3). L’adoption d’une diète sans gluten permettrait à plusieurs de ces personnes de voir disparaître leurs symptômes. Cela consisterait à l’heure actuelle le moyen le plus efficace d’identifier une sensibilité au gluten non-associée à la maladie cœliaque (1, 3). Ce processus de retrait du gluten de l’alimentation devrait néanmoins s’effectuer en compagnie d’un ou de plusieurs professionnels de la santé tels qu’un médecin de famille, un gastro-entérologue, et un nutritionniste-diététiste, afin d’effectuer un suivi médical approprié de l’évolution des symptômes. Ces professionnels doivent d’abord s’assurer qu’il ne s’agit pas d’une maladie cœliaque, d’une allergie au blé, ou encore de côlon irritable, avant de pouvoir identifier une probable sensibilité au gluten.

Autrement, il n’y a pas raison de croire que le gluten a un effet néfaste sur la santé. Il est vrai de dire que depuis le début de l’industrialisation des produits alimentaires, l’utilisation préférentielle de produits du blé a pu favoriser une diminution de la consommation générale de produits céréaliers exempts de gluten tels que le riz, le quinoa, l’amarante, etc., ce qui aurait pu augmenter l’exposition de la population générale au gluten. Cependant, chez des personnes en santé, sans symptômes gastro-intestinaux, il n’y a pas de justifications valables scientifiquement, qui supportent le retrait total ou partiel des produits alimentaires contenant du gluten.


Le gluten n’a pas démontré provoquer des maladies telles que l'ostéoporose, le lupus et le cancer chez des sujets en santé. En revanche, on peut observer l’apparition de nouvelles maladies causées par de la malabsorption chez les personnes atteintes de maladie coeliaque. Cette difficulté à absorber les éléments nutritifs dans le tube digestif est secondaire à l’inflammation de la muqueuse intestinale, lorsque celle-ci entre en contact avec du gluten, seulement chez les gens atteints de la maladie cœliaque et ne suivant pas adéquatement de diète sans gluten. À noter cependant que chez certaines personnes souffrant d'autres conditions médicales spécifiques (entéropathie associée au VIH, diabète de type II, dermatite herpétiforme), on observerait peut-être un bénéfice de retirer le gluten dans l’alimentation (4). Encore ici, il demeure primordial d'en discuter avec un professionnel de la santé avant d'entamer un changement.


Enfin, on gagne également à encourager la population générale à redécouvrir certains produits céréaliers, autres que le blé, souvent négligés dans l’alimentation occidentale, ne serait-ce que pour bénéficier d’une variété alimentaire enrichissante pour l’organisme et pour le plaisir gustatif !

Références:
  1. Lundin KE, Alaedini A: Non-celiac gluten sensitivity. Gastrointest Endosc Clin N Am 2012, 22(4):723-734.
  2. Sapone A, Bai JC, Ciacci C, Dolinsek J, Green PH, Hadjivassiliou M, Kaukinen K, Rostami K, Sanders DS, Schumann M et al: Spectrum of gluten-related disorders: consensus on new nomenclature and classification. BMC Med 2012, 10:13.
  3. Brown AC: Gluten sensitivity: problems of an emerging condition separate from celiac disease. Expert Rev Gastroenterol Hepatol 2012, 6(1):43-55.
  4. El-Chammas K, Danner E: Gluten-free diet in nonceliac disease. Nutr Clin Pract 2011, 26(3):294-299.

2 commentaires:

  1. Mais qu'en est-il du régime hypotoxique de Jacqueline Lagacé?

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  2. Bonjour Mélissa, Personnellement, je ne fais pas la promotion de la diète hypotoxique à l'ensemble de la population. Cependant, je sais que plusieurs personnes souffrantes qui l'ont suivi semblent aller mieux. Alors... tant mieux ! Ceci dit, c'est important pour moi qu'une personne qui fait de tels changements conserve un plaisir alimentaire et un bon état nutritionnel. Je crois qu'il faudra encore plusieurs études pour mettre en évidence à qui s'adresse exactement un régime hypotoxique... Quelqu'un qui est en bonne santé et qui mange du gluten et des produits laitiers n'a, à mon avis, aucune raison de se mettre à éliminer toutes sortes de produits, au risque de générer de l'anxiété alimentaire et de nuire à sa santé mentale !

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